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Le pouvoir des images sur la vie ordinaire

Matinée d'étude, 6 décembre 2013

Le pouvoir des images sur la vie ordinaireMatinée d'étude, 6 décembre 2013, CEMS 9h-13h15, salle : 587

Institut Marcel Mauss/CEMS avec le soutien du Programme ANR « Pouvoir des Arts »

Organisation et contact : Barbara Olszewska, barbara2olszewska@gmail.com

        Centre d'étude des mouvements sociaux Institut Marcel Mauss

        CEMS–IMM/UMR-8178


190-198 Avenue de France 75013 Paris


 

Tel.: +33 (0)1 49 54 25 86


+33 (0)1 49 54 25 95


Fax: +33 (0)1 49 54 26 70

cems@ehess.fr

 

Présentation

Dans quelle mesure peut-on affirmer qu'une image a le pouvoir de modifier notre conception de la réalité ou d'orienter nos actions, d’affecter nos états émotionnels, d’influer sur nos prises de décisions, nos engagements ? Les images qui frappent, les images qui marquent, les images qui hantent, qui donnent envie, les images des autres et les images de soi, les images de l'horreur, celles qui suscitent le désir et celles qui poussent à l'action....  

Dans quelle mesure est-il possible d'affirmer que les images ont un impact sur la transformation des situations sociales particulières, qu'elles permettent d’ouvrir le questionnement sur les états de choses que nous considérions stables, voire de susciter une conception de la réalité  différente de celle que nous nous faisions jusque là ?  

Cette question à première vue banale se pose à nouveau avec force à la lumière de nouvelles pratiques de prise et de diffusion des images à un grand nombre de personnes que rendent possibles les technologies numériques, facilitant leur production, visualisation et distribution publique qui les rendent disponibles quasiment en temps réel. Dans quelle mesure néanmoins ces pratiques de prise d’images et de leur visualisation ont-elles le pouvoir d'influencer nos situations ordinaires et nos manières de vivre ? Car ce ne sont pas tellement ces dispositifs en eux-mêmes qui comptent véritablement pour nous, mais la réalité qu’ils rendent continuellement accessible à nos sens, à nos inférences et actions diverses. Mais qu'il y a-t-il de véritablement  nouveau dans cette manière continuelle de voir les images et que voit-on en/au-delà d'elles ? Qu'y a-t-il de si inquiétant, enviable ou attrayant dans cette accessibilité immédiate imagée, sous forme d’une mise en scène de la vie du monde et des autres qui nous est ainsi exposée et que l'on expose à notre tour ?

Les images semblent ainsi d'une part avoir une existence bien à elles, et en même temps, paradoxalement, devenir une métaphore, un support à l'imagination et à l'action. Ce double statut découle des usages et pratiques sociales qui prennent l'existence sociale pour objet de contemplation, d'évaluation et d'action.  D'où une fonction de médiation de la réalité en tant qu'elle est représentée, "imagée", dans le rapport que chacun entretient avec le monde qui l'entoure, comme faisant partie de ce monde et dont l'image est la réflexion de ce qu'il est pour quelqu'un. "Ce qu'est le monde pour quelqu'un" se donnant comme un projet, une activité dont la visée est de rendre son objet communicable à autrui, "from within", de l'intérieur de la société dont on veut parler. L'image, apprêtée et appréhendée sous une certaine perspective, exercerait-elle une fonction éthique et pédagogique par le fait d'être ce double de nos vécus qui permet de nous confronter à nos actes et à nos existences ?

         Nous avons choisi de traiter cette question en interrogeant nos propres expériences.

 

Programme

9h-10h Anne Gonon : « Etre concerné par Fukushima »

Anne Gonon est sociologue chercheuse à l'Université de Doshisha à Kyoto. Elle nous parlera de l'impact de la catastrophe de Fukushima et de ses images. Comment cette catastrophe a-t-elle pu influencer la transformation non seulement de ses thèmes de recherche, mais aussi de son engagement personnel, son orientation politique. Elle reposera la question des différentes formes de l'image employées pour faire face ou comprendre la catastrophe : l'image scientifique d'une part et les images prises par des individus, de l’autre, et analysera la manière dont ces images ont pu influencer les décisions des pouvoirs publics sur les actions à prendre, la constitution d'aide à la population, les activités d'engagement ou d'entraide, susciter les affects, les souffrances.

Elle évoquera le passage de la position de chercheure qui pose le problème de l'accès à la voix des personnes en souffrance, à la position de personne impliquée de par son lieu de vie dans la catastrophe de Fukushima. Elle abordera la question de la multiplicité des images alors produites: images tronquées offertes par les chaînes de télé grand public, passant sous silence les « vraies » souffrances, images des médias alternatifs qui ont montré les faits les plus minuscules de la détresse humaine, mais aussi images composées pour susciter la mobilisation de la nation et les images comme marchandises, et enfin, l'absence des images, qui suscite l'imagination de l'horreur. De la visualisation de cette pluralité d'images témoignant d'une pluralité de modes de souffrance, quelles formes d'engagement sont possibles? Il s'agit d'en examiner quelques-unes et de réfléchir à ce qui se forme au-delà des actions et des mots de ces engagements, et se marque dans le rapport au monde.

10h-11h Sandra Laugier : « Culture populaire et vie ordinaire »

Sandra Laugier est philosophe, professeure à l'université Paris 1, elle nous parlera de son intérêt pour les images et les personnages de la culture populaire (cinéma grand public et séries TV) et de la manière dont ces images façonnent tout un univers de pratiques, projettent une nouvelle conception ordinaire de l'éthique. La culture populaire  induit  un renversement des hiérarchies artistiques, et une transformation de soi rendue nécessaire par notre confrontation à de nouvelles expériences. Elle suivra Robert Warshow dans The Immediate Experience :

"Culturellement, nous sommes tous des « self-made men », nous nous constituons dans les termes des choix particuliers que nous faisons dans la multitude étourdissante de stimuli qui s’offrent à nous... Je crois que nous avons grand besoin d’une critique de la « culture populaire », qui soit capable de reconnaître sa force omniprésente et dérangeante sans cesser d’avoir conscience des revendications supérieures des grands arts."

Cette approche des films et séries TV conduit à réviser le statut de la morale, à la voir non dans des règles et principes de décision mais dans l’attention aux conduites ordinaires, aux micro-choix quotidiens, aux styles d’expression et de revendication des individus. Le matériau des séries télévisées permet une contextualisation, une historicité (régularité, durée) ainsi qu’une  éducation de la perception (attention aux expressions et gestes de personnages qu’on apprend à connaître, attachement à des figures récurrentes intégrées dans la vie quotidienne, présence du visage et de la parole sur le « petit écran ») plus grandes encore.  Cela répond à la question soulevée par Cavell de la fonction morale des œuvres populaires, et de la forme d’éducation qu’elles suscitent dans le public, et le privé.

Pause 15 min

11h15 - 12h15 Barbara Olszewska : « Film comme expérience »

Barbara Olszewska est sociologue, MCF à l'Université de Compiègne, en délégation CNRS cette année au CEMS  (Institut Marcel Mauss, CNRS/EHESS) sur un projet mêlant l'art et la recherche et qui a pour objet l'ordinaire et sa transformation esthétique.

Je parlerai de mes rencontres filmées avec des cinéastes d'avant-garde, de leur attachement à des formes de contre-culture, tant en matière des choix de technologies que dans leur manières de produire, diffuser et projeter des images. Ces rencontres me permettent d'interroger ma propre pratique de la prise d'images et la manière dont elle influence l'orientation de mes projets de recherche et d'écriture, mais aussi mes voyages et l'orientation de ma vie. Je m'efforcerai en effet de montrer de quelle manière l'activité filmique, à la fois prétexte, enquête et expérience, constitue ainsi un point de départ et une ressource d'un projet.

La caméra peut être vue comme un témoin voire un élément faisant partie intégrante du dispositif scénique dans lequel des pratiques créatives se déroulent de manière occasionnée. Elle occupe cette place en observant, provoquant et filmant les moments des rencontres avec des artistes particuliers. Le film acquiert ainsi un caractère hybride en tant que ce qu’il montre et ce à quoi il donne accès est une « performance », une réalisation artistique ou une expérience esthétique située. J'examinerai en particulier la manière dont le film en train de se faire, in vivo et in situ, participe à l’activité de rendre visible l’impondérable de la situation, le basculement de l’ordinaire vers le registre esthétique.

L'analyse des conversations au café ou lors des déambulations dans des rues des villes dans lesquelles vivent les personnes concernées, des visites d'ateliers et d'appartements, des rencontres dans des cinémas et des salles d'exposition, le projet consistera ainsi à étudier la façon dont la constitution d'une relation s'opère matériellement, à la regarder à travers son déploiement sous forme de réalisations et activités concrètes, lesquelles font surgir de l'intérieur des situations les éléments non encore explorés ou non perçus par leurs membres et les transforment en objet d'art ou matière à création.

12h15 - 13h15 Sylvie Allouche : « Le pouvoir des images sur l’existence métaphysique ordinaire »

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, ayant enseigné la philosophie dans le secondaire et dans diverses universités françaises (Paris, Lyon, Toulon) ainsi qu'à Budapest, Sylvie Allouche a été pendant deux ans Marie Curie Research Fellow à l’Université de Bristol. Pour l’année 2013-2014, elle est Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’Université de Technologie de Troyes (CREIDD). Elle développe ses recherches selon deux axes complémentaires : 1. les rapports de la philosophie avec la fiction (science-fiction et séries télévisées); 2. les enjeux éthiques et politiques futurs de la technologie (anthropotechnie et géo-ingénierie). L'un des principaux moments de l'histoire de la philosophie advient lorsque René Descartes s'enferme dans son poêle dans le but de chercher une certitude indubitable, et qu'il en arrive à remettre en question, via la figure du Malin Génie, l'existence de toutes choses. Si cette expérience en première personne rapportée dans les Méditations Métaphysiques est régulièrement comparée à la célèbre « allégorie de la caverne » de Platon, reste que, par sa radicalité et par la centration sur le sujet qu’elle opère, elle constitue une sorte de seconde naissance de la philosophie occidentale. Or à partir du milieu du XXe siècle, elle devient la matrice de diverses œuvres de science-fiction mettant en scène ce que j'appelle des mondes délusifs, la première étant semble-t-il le roman Simulacron 3 de Daniel F. Galouye (1964), et la sans doute plus célèbre, le film Matrix (1999) des frères Wachowski. Mais que ce soit Descartes, Galouye ou ses successeurs (à part sans doute Philip K. Dick), ils ne présentent pas leur remise en question comme absolument sérieuse, il s'agit plutôt d'une expérience de pensée, certes radicale, mais dont on revient. Qu'en est-il alors si l'on commence à réellement douter de l'existence du monde ? A partir de quel moment passe-t-on du simple jeu intellectuel au trouble mental (ou une lucidité retrouvée sur notre existence) ? Ce sont là les questions que j’ai été conduite à me poser dans le cadre d’un échange réel avec un jeune homme suivi psychiatriquement et pourtant en     quête d’arguments philosophiques susceptibles d’apaiser le doute radical réveillé en lui par Matrix et certains autres films à orientation solipsiste. Ma communication aura pour objet essentiel de présenter cet échange.

EHESS
CNRS

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